L’énergie éolienne se développe de façon fulgurante au
Québec, au Canada et dans le monde. C’est une énergie propre, qui est
relativement abondante et dont le coût de production a baissé considérablement
au cours des dernières années.
Dans la plupart des états et des provinces les ressources
hydrauliques étant déjà harnachées, l’énergie éolienne est présentement la seule
énergie renouvelable qui peut être développée à grande échelle.
Il y a donc un engouement extraordinaire pour cette forme
d’énergie au Québec comme ailleurs dans le monde.
Il convient cependant de rester les deux pieds sur terre et
d’écarter certains mythes et certaines illusions.
1) La nationalisation de 1962 n’était pas un phénomène unique
au Québec.
Souvent lorsqu’on parle d’électricité au Québec on
revient sur Hydro-Québec et la « nationalisation de l’électricité en
1962 ». Certaines pensent ou laissent croire que la nationalisation
était une innovation ou une caractéristique distinctive du modèle
québécois. Ce n’était pas le cas.
En fait, lorsque le Québec a décidé de nationaliser
les compagnies d’électricité en 1962, ce n’était pas la découverte du
siècle, ça faisait partie d’un courant de pensée qui prévalait à
l’époque en Amérique du Nord. En faisant la nationalisation, chaque état
ou province avait principalement pour objectif de contrôler et
d’uniformiser les tarifs sur tout le territoire. Le Québec a d’ailleurs
été un des derniers à suivre le courant.
Manitoba Hydro a été créée en 1951, BC Hydro en 1945,
SaskPower en 1929 et Hydro Ontario en 1906 pour ne donner que ces
exemples.
Au Québec d’ailleurs, la première nationalisation
avait eu lieu à Montréal en 1944.
L’objectif au Québec était surtout de contrôler le
transport, la distribution et la vente d’électricité et non pas toute la
production, puisque ceux qui produisaient pour eux-mêmes comme Alcan
n’ont jamais été nationalisés.
2) Le monde a changé depuis 1962
Aujourd’hui, en Amérique du Nord en général, les
compagnies d’électricité possédées par une province ou un état, gardent
le monopole du transport, de la distribution et de la vente
d’électricité mais achète l’énergie additionnelle au lieu de construire
elle-même les centrales. De concert avec les régies et les
gouvernements, elles gardent cependant le contrôle sur les appels
d’offres.
C’est le cas en Ontario, en Colombie Britannique et
au Nouveau-Brunswick.
Toutes ces provinces ont trouvé qu’il était plus
avantageux pour les consommateurs et les actionnaires d’acheter de
l’énergie des producteurs privés par voie de soumissions publiques.
Ceci est particulièrement vrai dans le cas de
l’énergie éolienne où sauf en Saskatchewan et à l'Île-du-Prince-Édouard nous ne connaissons en
Amérique du Nord aucune compagnie de distribution d’électricité
appartenant à un état ou province qui produit elle-même son énergie
éolienne. Ceci s’applique aussi en Allemagne, au Danemark et même en
France.
La nationalisation avait crée un puissant organisme
de développement appelé Hydro-Québec. Il n’est pas question de l’amputer
mais de lui permettre d’être plus efficace pour le bien de ses
consommateurs et de ses actionnaires.
3) La réglementation en Amérique du Nord oblige
Hydro-Québec à acheter de l’électricité
Si Hydro-Québec veut vendre de l’électricité aux
États-Unis, la réglementation américaine exige la réciprocité.
C’est-à-dire que le Québec doit donner aux autres producteurs accès au
service de transport d’électricité et au marché de gros.
C’est pour cette raison qu’Hydro-Québec, en 1996 et
par la suite en 2000, sous le gouvernement du Parti Québécois, a été
divisée en trois entités autonomes : Hydro-Québec Production,
Hydro-Québec Transport (TransÉnergie) et Hydro-Québec Distribution.
De plus, la législation de 2000 oblige Hydro-Québec
Distribution à passer par appel d’offre pour acheter toute l’énergie
requise au delà de l’énergie patrimoniale de 165TWH/année (soit environ
90% de l’énergie produite par les centrales existantes en 1996).
4) La production éolienne n’aura toujours qu’un rôle limité
au Québec.
Des études ont démontré un potentiel théorique très
considérable au Québec.
Mais lorsqu’on exclut les territoires non admissibles
comme les parcs, les aires de conservation, la proximité des
habitations, des cours d’eau et des axes routiers, le potentiel diminue.
Lorsqu’on tient compte des distances par rapport au
marché et de la capacité des lignes de transport il faut encore
retrancher un fort pourcentage de sites potentiels.
Et le principal facteur limitatif pour l’énergie
éolienne, c’est sa nature même.
Comme d’une part le vent varie considérablement d’une
saison à l’autre, d’une journée à l’autre et même à l’intérieur d’une
même journée et que d’autre part l’énergie éolienne ne peut être
emmagasinée en quantité importante, il faut que le réseau qui reçoit
cette énergie soit capable de compenser très rapidement.
Il est évident que le couplage avec l’énergie
hydroélectrique des grands réservoirs est idéal puisqu’on peut accumuler
l’eau pendant que le vent souffle et l’utiliser pendant les accalmies.
Mais il y a des limites à ce qu’on peut faire.
Exception faite du Danemark, aucun pays au monde n’a réussi à ce jour à avoir une
capacité éolienne qui dépasse 20% de sa production totale d’électricité.
C’est là d’ailleurs qu’Hydro-Québec peut et veut innover.
Présentement, Hydro-Québec à une capacité de
production de 40 000 MW, 20% de cette capacité totale représente environ
8000 MW d’énergie éolienne.
Considérant qu’il y a déjà des contrats en vigueur
pour environ 1400 MW et qu’un appel d’offre a été lancé pour 2000 MW, il
ne restera qu’environ 4600 MW de disponibles pour de nouveaux projets
éoliens.
5) Le Québec ne peut pas être un leader mondial dans l’éolien
Le Québec possède des ressources hydrauliques
incomparables qui lui permettent de combler 90% de ses besoins
d’électricité et ces ressources hydrauliques ne sont même pas encore
complètement harnachées.
Le Québec était présent à la naissance de l’industrie
hydroélectrique, les centrales des Chutes-de-la-Chaudière et des Chutes
Montmorency étaient parmi les premières au monde et le Québec a toujours
été un leader dans le domaine.
À cause de cette abondance d’énergie hydraulique à
faible coût, il n’était pas utile ou économique de produire de l’énergie
éolienne au Québec.
Des pays, en particulier en Europe, aux prises avec
des coûts d’énergie beaucoup plus élevés et non renouvelables ont
investi considérablement dans la production d’énergie éolienne et sont
devenus des leaders mondiaux.
Dans les années 80 et 90, Hydro-Québec s’est lancé
dans la conception d’éoliennes à axe vertical. Une première a été
installée aux Iles de la Madeleine, elle est tombée et l’expérience
s’est arrêtée là. Une deuxième, beaucoup plus grosse (100m de haut, 4MW)
a été installée à Cap Chat. Elle a coûté plus de 43$ Millions et n’a produit que
quelques jours à cause de graves problèmes techniques. Elle est arrêtée
depuis de nombreuses années. Suite à ces échecs, Hydro-Québec a pris la
sage décision d’abandonner cette filière.
À cause de notre retard sur les fabricants de
turbines européens on ne peut pas prétendre être de grands innovateurs
ou des leaders mondiaux.
Et il y a une autre raison, c’est la taille réduite
de notre marché québécois.
Si on veut construire 8000 MW sur 10 ans (en incluant
les contrats déjà donnés) ça représente 800 MW en moyenne par année.
Il se construit annuellement dans le monde de 10 000
à 12 000 MW par année. On représenterait donc de 7 à 8% du marché
mondial.
Comme le Québec est une des seules juridictions à
exiger un contenu régional ou provincial pour les turbines utilisées
chez lui, on peut forcer la fabrication de certains éléments dans la
province mais il y a une limite à ce qu’on peut obtenir au niveau de la
fabrication d’éolienne ou de composantes.
6) Quelle est la meilleure façon de développer l’énergie
éolienne au Québec?
Considérons d’abord le résultat du premier appel
d’offre d’Hydro-Québec qui a été lancé en 2003 par le gouvernement du
parti québécois.
Hydro-Québec Distribution a déterminé les blocs
annuels d’énergie qu’elle voulait recevoir à partir des années de 2006
jusqu’en 2012. Elle a déterminé la forme et les conditions des contrats
d’achat d’électricité, elle a déterminé les qualités requises des
soumissionnaires et elle a vérifié la conformité et la fiabilité de
chaque manufacturier de turbines.
L’appel d’offre comportait aussi un volet très
important de développement régional, jusqu’à 40 à 60% des coûts de
construction doivent être dépensés en Gaspésie.
Neuf promoteurs différents ont présenté des offres
portant sur 32 sites ou projets différents pour un total de près de 4000
MW.
Plusieurs autres sites ont été étudiés par les
promoteurs et éliminés pour diverses raisons. Des millions de dollars
ont été dépensés pour trouver les meilleurs sites, les meilleures
méthodes de construction, le meilleur mode de financement. Trois
manufacturiers étaient en concurrence pour fournir des turbines les plus
performantes en termes de production par rapport aux coûts d’achat et
d’entretien.
Hydro-Québec Distribution a eu le loisir de choisir
les meilleures propositions et a retenu 8 projets provenant de 2
promoteurs différents et totalisant 990 MW.
L’appel d’offre était pour 1000 MW et on s’attendait
à un prix de 8 à 9 ¢ le KWh. D’ailleurs en France le prix offert par EDF
aux producteurs privés est de 12 à 13 ¢ le kWh.
La plus grande surprise a été le coût moyen offert
par l’entreprise privé : soit de 6.5 ¢ le kWh pour 2007.
Si la subvention fédérale pour l’éolien est obtenue
par le promoteur, Hydro-Québec en recevra les ¾ et par conséquent son
coût sera réduit de ¾ de ¢ pendant 10 ans.
De plus, Hydro-Québec s’est réservé tous les crédits
de gaz à effet de serres (crédits carbone) ce qui pourrait réduire
encore davantage le prix unitaire.
Est-ce qu’une entreprise monopolistique qui n’aurait
eu aucune concurrence aurait fait mieux?
7) Les risques qui sont assumés par les promoteurs
Certains pensent qu’Hydro-Québec prend tous les
risques en signant des contrats de 20 ans. Sérieusement, est-ce qu’il y
a un risque qu’Hydro-Québec n’ait plus besoin de cette énergie dans 10,
15 ou 20 ans? Avec la croissance normale e la demande, sûrement pas.
Dans l’appel d’offre de 1000 MW, comme Hydro-Québec
voulait avoir en juin 2004 des prix fermes pour des projets à être
construits de 2 à 8 ans plus tard, elle a accepté que les prix soient
ajustés en fonction par exemple de l’inflation ou de la fluctuation des
taux d’intérêt, des risques qu’elle aurait dû assumer de toute façon si
elle avait construit elle-même.
Cependant, par le processus d’appel d’offre,
Hydro-Québec a transféré aux promoteurs, quatre risques très importants.
Le risque environnemental
C'est-à-dire le risque de ne pas obtenir les permis
ou de ne pas les obtenir en temps. Le risque d’être obligé de modifier
le projet pour respecter des nouvelles règles imposées par les
gouvernements, les MRC ou les municipalités.
Le risque d’être obligé d’accepter certaines
contraintes suite aux représentations de citoyens devant le BAPE.
Le risque de découvrir des espèces menacées qui
compromettent la réalisation ou la rentabilité du projet.
Le risque de construction
C'est-à-dire construire en temps et dans les budgets
prévus. Il ne faut pas oublier que les pénalités d’Hydro-Québec sont
importantes s’il y a un retard.
Exemple de risque de construction : La possibilité de
trouver des conditions de sol qui augmentent considérablement les coûts.
Le risque de production
Hydro-Québec Distribution paie uniquement pour
l’énergie livrée avec des pénalités sévères si la production annuelle
est plus élevée ou moins élevée que convenu. Le promoteur assume les
risques de bris d’équipements, de conditions météorologiques extrêmes et
de non performance des machines.
Le risque de vent
En dépit des avances de la science et en dépit de
toutes les précautions avant la soumission, il semble que la grande
majorité des parcs éoliens produisent moins que prévu.
On pourrait ajouter que les emprunts pour les parcs
éoliens n’apparaîtront pas au bilan d’Hydro-Québec.
8) Comment maximiser les retombées économiques au Québec?
L’appel d’offre de 1000 MW est un exemple en la
matière.
En exigeant un contenu Gaspésien de 40% pour 2006 à
60% pour 2008 et les années subséquentes, (notez bien un contenu
Gaspésiens et non un contenu Québécois) Hydro-Québec a forcé les fabricants à fabriquer les
tours et les pales et faire l’assemblage des nacelles en Gaspésie. Elle
a aussi obligé les promoteurs à utiliser au maximum les ressources du
milieu. Il est à noter qu’aucun projet hydroélectrique n’a eu
à subir de telles contraintes.
Il est à noter aussi qu’il n’y a qu’un seul
fournisseur de turbines pour l’ensemble des projets ce qui représente
une économie d’échelle très importante.
Le coût de construction des 990 éoliennes sera de 1.5
milliard $ dont 800 millions $ seront dépensés ou investis en Gaspésie.
Quatre usines sont en construction ou ont été
construites, une usine de pales à Gaspé, une usine de tours et deux usines
d’assemblage et de fabrication de nacelles à Matane. Ces quatre usines, lorsqu’elles seront
en exploitation, vont représenter plus de 500 emplois permanents.
Comment demander plus?
Le gouvernement et Hydro-Québec Distribution ont
obtenu tous ces avantages en préparant simplement l’appel de
propositions de la bonne façon. Est-ce que les consommateurs, est-ce que
les québécois qui sont actionnaires d’Hydro-Québec auraient pu obtenir
plus s’il y avait eu un monopole de la production d’énergie éolienne au
lieu de la libre concurrence? S’il y avait eu un seul fournisseur
possible au lieu de neuf?