Le premier appel d’offres pour la production d’énergie
éolienne a été lancé en mars 2003, par le gouvernement Landry du Parti
Québécois. Cela faisait suite à un long processus qui avait commencé six
ans auparavant lorsque M. Guy Chevrette, ministre des Ressources
Naturelles, avait demandé à la Régie de l’Énergie, nouvellement créée,
un avis sur l’avenir de la filière éolienne au Québec. Le constat
d’alors était que l’énergie éolienne coûtait cher et qu’il fallait y
aller prudemment dans le développement de cette filière.Avec les gains d’efficacité réalisés
sur le plan technique, l’augmentation du prix des hydrocarbures
suite à la deuxième invasion de l’Irak de même que la croissance des
économies asiatiques, l’énergie éolienne est devenue soudain plus
attrayante. Sauf quelques centaines de mégawatts achetés de gré à
gré par Hydro-Québec Production à Axor et à 3Ci à un prix d’environ
5 à 6 cents le kWh, soit en deca du prix offert actuellement par les
centrales thermiques, la formule retenue est aujourd’hui celle des
appels d’offres publiques avec des contraintes de contenu régional
comprises dans l’appel d’offres. Ce n’était pas le cas avec les
premiers achats de gré à gré pour la construction de parcs
d’éoliennes à Murdochville, Cap Chat et Matane.
Dans la Stratégie énergétique du
Québec 2006-2015, le gouvernement du Québec « souhaite
qu’Hydro-Québec Production » ne participe plus à ces ententes de gré
à gré avec des producteurs privés. C’est dire que désormais
l’initiative de construire des nouveaux parcs éoliens serait laissée
entièrement à Hydro-Québec Distribution. Au Québec, les appels
d’offres sans subventions sont maintenant la norme. Cela a été vrai
en 2005 pour la première tranche de 1000MW; cela sera vrai pour la 2ième
tranche de 2000MW en 2007. Il s’agit donc au départ d’offres
transparentes et publiques, mais programmées de manière à étaler
l’entrée en service des différentes turbines sur une période de 9
ans, soit de 2006 à 2015.
Le but ici recherché est de favoriser
la mise en place d’industries manufacturières associées à la
fabrication de pièces d’éoliennes. Chacun des soumissionnaires, lors
du premier appel d’offres de 1000MW, devait satisfaire à une exigence allant jusqu’à 60% de
contenu régional. Dans
le second appel d’offres de 2000MW, ce contenu est maintenant basé
uniquement sur le coût de l’éolienne proprement dit, dont 30% devra
être fabriqué en Gaspésie. On veut ainsi positionner l’industrie
manufacturière québécoise en fonction du développement éolien sur le
marché nord-américain (des objectifs en capacité installée de
80,000MW aux USA d’ici 2020 et de 10,500MW au Canada d’ici 2010) qui
succèdera désormais à celui de l’Europe où sont déjà installées près
de 70% des éoliennes à travers le monde.
Ces entreprises, mises au monde grâce
à la conception des appels d’offres d’Hydro-Québec, sont
actuellement au nombre de trois. C’est ainsi que LM Glasfiber
(Danemark) construit maintenant des pales à Gaspé, qu’à Matane,
Marmen construit des tours d’éoliennes et assemble des nacelles dans
deux usines différentes et que toujours à Matane, Composite VCI
fabrique des nacelles en fibre de verre. Cette dernière a annoncé au
début de l’été qu’elle doublera sa production de nacelles prévue
initialement grâce à la production additionnelle de 250 nacelles
pour le marché américain qui s’ajouteront aux 110 nacelles prévues
chaque année pendant 6 ans dans le cadre du premier 1000 MW prévus
par l’appel d’offres de 2005.
Par ailleurs au printemps la société
Xantrex Technology de Vancouver a annoncé son intention de
construire une usine de fabrication de convertisseurs d’énergie
éolienne un produit de haute technologie. Enfin Gurit Canada à Magog
s’apprête à investir 13$ millions pour la fabrication de pales
d’éoliennes. Cet investissement devrait entraîner la création de 182
emplois permanents qui s’ajouteront aux 471 déjà créés en Gaspésie.
Ces investissements n’empêchent pas
l’usine de Marmen de Trois-Rivières de fabriquer des tours
d’éoliennes pour l’Ontario et l’Île-du-Prince-Edouard. Lors de
l’attribution de la 2ième tranche de 2000MW en 2007,
cette nouvelle industrie gaspésienne devrait être bien positionnée
pour obtenir sa part de la production de pièces d’éoliennes.
Ce sont des appels d’offres bien
étalées et calibrées dans le temps qui auront ainsi permis
l’émergence d’une nouvelle industrie manufacturière en Gaspésie.
Enfin, une revue récente d’une
trentaine d’études menées en Amérique du Nord indique que, pour
chaque dollar investi, deux fois plus d’emplois sont créés pour des
projets d’énergies renouvelables que pour des projets d’énergies
dites conventionnelles. Difficile dans les circonstances de parler
« d’anarchie » en ce qui a trait aux appels d’offres et « d’acheteur
passif » en ce qui a trait au rôle joué par Hydro-Québec.
Voir aussi sur ce site l'article de Gilles Lefrançois:
http://www.energie-eolienne.ca/documentheque/eolien5/eolien5.html
Voir aussi sur ce site un texte de l'AQPER:
http://www.energie-eolienne.ca/documentheque/nationalisation/nationalisation.html