Objet : Plainte relative aux reportages et aux
interventions de M. Pierre Craig au
Téléjournal
du 26 novembre et aux émissions
La Facture du
28 novembre et C’est
bien meilleur le matin du 29 novembre.
Monsieur,
Faisant suite à l’audition et au visionnement des reportages
et des interventions de M. Pierre Craig au
Téléjournal du
dimanche 26 novembre, à l’émission
La Facture du mardi 28 novembre et à l’émission
C’est bien meilleur le matin
du mercredi 29 novembre, l’Association québécoise de la production d’énergie
renouvelable (AQPER) et la Coalition pour la promotion de l’énergie éolienne (la
« Coalition ») déposent formellement une plainte auprès de l’ombudsman de
Radio-Canada.
Le dépôt de la présente plainte fait suite à une rencontre
entre M. Gilles Lefrançois, président d’Innergex et porte-parole de la Coalition
et M. Jean Pelletier, premier directeur, Affaires publiques, reportages et
documentaires, tenue le 14 décembre 2006, à la suite des démarches préalables
amorcées par la Coalition visant à se plaindre du traitement inéquitable qui lui
a été réservé dans le cadre des émissions en question.
L’AQPER et la Coalition jugent que les reportages et les
interventions de M. Craig et les propos des différents intervenants étaient de
nature à discréditer de façon injustifiée le développement de la filière
éolienne au Québec, sans l’objectivité requise et en contravention à certaines
normes journalistiques devant être respectées, particulièrement à Radio-Canada,
la télévision d’État.
Comme nous allons le démontrer, ces reportages et
interventions contenaient des erreurs grossières, des renseignements incomplets,
des accusations et des généralisations injustifiées qui étaient contraires aux
faits. De plus, les énoncés présentés dans un style démagogique ont induit le
public en erreur.
Ce traitement inéquitable de l’information a causé et cause
toujours un préjudice considérable à l’AQPER, à la Coalition et à leurs membres
qui doivent constamment rétablir les faits et défendre leur crédibilité,
laquelle a été sérieusement et injustement entachée à la suite de ces
reportages.
Nous incluons en annexe une transcription mot à mot de ces
émissions.
Considérations d’ordre général
Permettez-nous d’abord de présenter quelques considérations
d’ordre général sur le traitement de l’information dans les émissions
susmentionnées.
1.
La Facture parle
« des promoteurs », sans distinction comme si tous les promoteurs et tous
les représentants de promoteurs agissaient de la même façon, ce qui bien
évidemment n’est pas le cas.
2.
La Facture ne
fait pas de distinction entre les contrats d’options conclus en 2002, 2003
et 2004 à l’issue du premier appel d’offres d’Hydro-Québec, les contrats
qu’on est en voie de signer dans le cadre du deuxième appel d’offres (15 mai
2007) et les contrats pour les autres projets éoliens au Québec.
Si l’on voulait ne mentionner qu’une seule différence :
les redevances payées aux agriculteurs dans le cadre du deuxième appel
d’offres sont souvent deux fois plus élevées et sont donc comparables à ce
qui se paie en Ontario.
3. Les deux agriculteurs qui ont été choisis par
La Facture ne
sont pas des exemples très probants pour les énoncés
de l’animateur : M. Marie-Louis Plourde n’a pas signé de contrat
d’options, tandis que M. Denis Bélanger (qui a changé d’idée deux ans après
avoir signé le contrat d’options) a retourné son contrat au promoteur
Northland qui a accepté de l’annuler.
4. L’animateur présente M. Jean-Louis
Chaumel comme membre du groupe éolien à l’Université du Québec à Rimouski,
sans mentionner toutefois que celui-ci travaille également comme consultant
privé pour les groupes communautaires qui s’opposent aux grands projets des
« grandes compagnies ». C’est une information qui aurait été très utile pour
apprécier les propos et les prises de position de M. Chaumel.
5. L’animateur présente M. Gabriel
Ste-Marie simplement comme un économiste à l’UQAM. Il aurait été utile pour
l’auditoire de savoir que M. Ste-Marie travaille à la Chaire d’études
socio-économiques de l’UQAM, laquelle est financée principalement par des
syndicats (dont les syndicats d’Hydro-Québec) et qu’il a participé très
activement à des « études », à des ateliers et à des discours pour la
nationalisation de l’énergie éolienne et contre les promoteurs privés.
6.
La Facture dit
avoir mené plus d’un mois d’enquête « sur la façon dont ces entreprises font
affaire avec les agriculteurs et les propriétaires fonciers du Québec » et
avoir « parlé à des dizaines de citoyens du Bas-Saint-Laurent et de la
Gaspésie »; cela laisse entendre que les auditeurs auront droit à un bilan
complet ou à une image globale de la situation. Or,
La Facture ne
présente aucun cas de propriétaires satisfaits ou de promoteurs dont les
façons de faire seraient acceptables, ce qui bien entendu ne correspond
absolument pas à la réalité.
Émission La Facture
Voici nos commentaires particuliers sur certains énoncés de
l’émission La Facture.
1. La
Facture : Les propriétaires doivent signer très rapidement.
« On vous donne tant de jours. On vous donne
quelques heures quelques fois. » (M. Chaumel)
« On lui (M. Bélanger) a fait signer à toute
vapeur, comme à bien d’autres. » (P. Craig)
« Il n’y a eu aucune sensibilisation avant. » (M.
Plourde)
Nous pouvons convenir que certains représentants de
promoteurs essaient d’obtenir la signature du contrat d’options le plus
rapidement possible. Mais entre ce que le représentant aimerait faire et ce qui
se passe en réalité, il y a toute une différence. Il est faux de laisser croire
que la majorité des agriculteurs signent des contrats d’options dès la première
visite. C’est plutôt le contraire qui est vrai. Généralement, ces contrats sont
signés au terme d’une deuxième, voire d’une troisième et parfois même d’une
quatrième visite. Il est également faux que la majorité des agriculteurs ne
vérifient pas avec leurs voisins avant de signer. M. Plourde, quant à lui, n’a
jamais signé de contrat.
Dans le cas de M. Bélanger, contrairement à ce qu’on laisse
entendre, il a été rencontré à trois reprises avant de signer.
Pour ce qui est de la sensibilisation préalable, plusieurs
promoteurs (comme dans le cas de Baie-des-Sables) ont organisé des séances
d’information pour l’ensemble des propriétaires avant de procéder à la signature
des contrats d’options.
Selon nous, il s’agit-là d’une généralisation non fondée qui
n’est même pas illustrée par le cas des deux agriculteurs interviewés.
2. La
Facture : « On ne leur explique pas que le contrat d’options qu’on
leur fait signer les engage à accepter éventuellement des éoliennes sur leur
terre et à signer l’acte de propriété superficiaire qui est attaché au contrat
d’options. »
M. Bélanger prétend qu’il n’a pas compris qu’il s’engageait à
accepter des éoliennes sur ses terres, si le projet était choisi par
Hydro-Québec. C’est assez étonnant. Il s’agit d’un contrat de quatre pages
(comme le dit La Facture)
(donc, plutôt court). M. Bélanger savait que « ses voisins avaient signé
» et « qu’il y allait déjà en avoir. »
Contrairement à ce que dit l’animateur, M. Bélanger n’a pas «
signé à toute vapeur. »
Selon l’expérience vécue à Cartier Énergie Éolienne, nous
n’avons rencontré aucun propriétaire qui a dit ne pas savoir qu’il s’était
engagé à accepter des éoliennes sur ses terres en signant le contrat d’option.
Nous avons en notre possession une déclaration du
représentant qui a visité M. Bélanger à trois reprises avant que celui-ci ne
signe le contrat d’options, dans lequel il affirme avec certitude avoir informé
M. Bélanger que si le projet était choisi par Hydro-Québec et que si les études
de vent démontraient que ses terres étaient propices, celui-ci s’engageait
irrévocablement à accepter des éoliennes sur ses terres.
Pour appuyer sa thèse, M. Craig déclare « Denis Tremblay est
avocat à Matane en Gaspésie. C’est malheureusement dans son bureau que plusieurs
agriculteurs apprennent qu’ils ont laissé une partie de leur terre d’un seul
trait de stylo. »
M. Tremblay a représenté des agriculteurs dans le cadre du
projet de Baie-des-Sables. Il nous a confirmé que lors des négociations avec le
promoteur, aucun de ses clients n’a jamais prétendu ne pas savoir, à la
signature du contrat d’options, qu’il s’engageait à accepter des éoliennes sur
ses terres.
Même si nous supposions que la version de M. Bélanger est
véridique, il serait faux de dire que cela s’applique à la majorité des
propriétaires.
3. La
Facture : Plusieurs de ces contrats de propriété superficiaire
contiennent des clauses exorbitantes, notamment celle voulant que, après 20 ans,
le propriétaire du terrain devra démanteler l’éolienne à ses frais.
La Facture
a passé sous silence le fait que
lorsqu’il accorde le certificat d’autorisation pour la construction d’un parc
éolien, le gouvernement impose au producteur d’énergie éolienne l’obligation de
démanteler les éoliennes après deux ans d’inexploitation et exige même la
création d’un fonds spécial à cet effet.
Une simple vérification auprès de la Coalition ou de l’AQPER
aurait permis de ne pas induire le public en erreur.
4. La
Facture : Plusieurs de ces contrats de propriété superficiaire
contiennent des clauses exorbitantes, notamment une clause de confidentialité
qui, en pratique, interdit aux agriculteurs de se consulter.
Premièrement, la clause de confidentialité ne s’applique
évidemment pas tant que le contrat d’options n’est pas signé, c'est-à-dire
qu’elle ne s’applique pas pendant la période où l’agriculteur doit décider s’il
accepte ou non les conditions proposées. D’ailleurs, Cartier Énergie Éolienne ne
connaît personne qui a signé sans vérifier avec ses voisins s’ils avaient
effectivement signé ou avaient l’intention de le faire, et à quelles conditions.
Deuxièmement, une fois que le contrat est signé, les
propriétaires que nous connaissons ont continué à se consulter et dans le cas de
Baie-des-Sables, ils se sont regroupés formellement pour négocier, avec un
conseiller juridique, certaines clauses de l’acte de propriété superficiaire.
5.
La Facture : « Les
prix payés, 3 000 $ par éolienne par année, sont nettement insuffisants. »
Pour le démontrer, il ne s’agit pas simplement de dire, comme
le fait M. Ste-Marie, « qu’il y a un problème d’équité et de justice dans la
redistribution de ce revenu-là ». Cela semble indiquer a) qu’il s’agit d’un
partage de profit entre le producteur d’énergie et le propriétaire du terrain,
et b) que les montants reçus par les propriétaires ne seraient pas suffisants.
Les deux énoncés sont faux.
D’abord, il ne s’agit pas d’un partage de profit. Les
redevances payées aux agriculteurs sont des charges d’exploitation, tout comme
le sont les assurances et les frais d’entretien de l’équipement, et elles
augmentent le prix de vente de l’électricité à Hydro-Québec. Cela ne change pas
le profit ou le rendement requis par le promoteur comme rémunération pour le
capital investi. La vraie question est de savoir si le consommateur doit payer
plus cher pour l’énergie éolienne pour que le propriétaire reçoive plus de
redevances.
M. Craig nous a d’ailleurs avoué lors d’une conversation qui
a suivi notre passage à l’émission
Maisonneuve à l’écoute que M. Ste-Marie lui avait affirmé la même
chose, c'est-à-dire que les redevances plus élevées augmenteraient simplement le
prix de vente de l’énergie. M. Craig a choisi de ne pas présenter cette
information, sans doute parce qu’elle nuisait à la thèse « du gros méchant loup
de l’extérieur qui vient exploiter les pauvres agriculteurs du Québec ».
Pour ce qui est de l’insuffisance des redevances, il faut
souligner qu’à la signature des contrats en 2002, 2003 et 2004, 1 pour cent du
revenu brut semblait être la norme. C’est pourquoi à peu près tous les
promoteurs ont offert sensiblement la même chose et que les propriétaires l’ont
accepté librement.
Selon nous, le critère le plus important pour évaluer la
suffisance des redevances, c’est la valeur marchande de la terre utilisée et la
perte des revenus agricoles.
À Baie-des-Sables, les terres agricoles valent 500 $ l’acre
et elles rapportent en moyenne 90 $ l’acre annuellement. En acceptant des
éoliennes sur ses terres, l’agriculteur reçoit 600 $ l’acre à la signature de
l’acte superficiaire, 400 $ l’acre pour les inconvénients pendant la
construction ainsi qu’une compensation annuelle de 1 200 $ par acre (3 000 $ par
éolienne). Si ces agriculteurs, qui connaissent la valeur de leur terre et qui
savent compter, sont très satisfaits, qui peut prétendre le contraire?
Il est intéressant de signaler au passage que le revenu
annuel moyen provenant des éoliennes de 1,5 MW qui font partie du premier appel
d’offres n’est pas de 400 000 $ comme le prétend M. Ste-Marie, mais d’environ
300 000 $.
Il existe actuellement un seul parc (Baie-des-Sables) qui a
été construit à l’issue du premier appel d’offres d’Hydro-Québec. Pourquoi
n’a-t-on pas interviewé des cultivateurs de Baie-des-Sables qui ont signé et qui
semblent satisfaits? Pourquoi interviewer seulement ceux qui n’ont pas signé ou
qui sont revenus sur leur signature? L’autre point de vue n’intéressait-il pas
les gens de La Facture?
6.
La Facture : En
Ontario, les agriculteurs et les municipalités touchent beaucoup plus, soit 10
000 $ et 7 500 $ respectivement. (Au Québec, les municipalités reçoivent
seulement 1 500 $ par éolienne.)
En Ontario, les producteurs paient des taxes foncières aux
municipalités et des redevances aux propriétaires.
Au Québec, les producteurs paient des taxes foncières au
gouvernement du Québec (en vertu de la taxe sur les services publics [TSP]), des
contributions volontaires aux municipalités et des redevances aux propriétaires.
La Facture
a négligé de tenir compte de la TSP du
Québec. En effet, cette taxe foncière, basée sur la valeur nette des
immobilisations, est payée au gouvernement du Québec qui, depuis quelques
années, ne la redistribue plus aux municipalités. C’est pourquoi les promoteurs
ont décidé de verser une contribution volontaire aux municipalités qui reçoivent
les éoliennes.
De plus, La
Facture ne tient pas compte du fait que le prix de l’électricité est
34 % plus élevé en Ontario (à Wolfe Island) qu’au Québec (8,7 cents
comparativement à 6,5 cents).
Si La Facture
avait tenu compte de tous ces versements, taxes foncières et paiements tenant
lieu d’impôts, contributions volontaires aux municipalités et redevances aux
propriétaires et si La Facture
avait fait une comparaison sur une base uniforme, c'est-à-dire les
revenus bruts, elle aurait indiqué aux auditeurs que les versements au Québec
dans le cadre des projets issus du premier appel d’offres, représentaient 3,6
pour cent des revenus bruts comparativement à seulement 3,2 pour cent à Wolfe
Island.
Comme le sujet portait sur les retombées du développement de
la filière éolienne, nous nous expliquons mal que l’émission
La Facture et son
animateur, M. Craig, n’aient jamais fait allusion – ni à
La Facture, ni au
Téléjournal, ni dans
aucune intervention aux émissions radio – à la politique de contenu québécois
mise en place par les gouvernements de MM. Bernard Landry et Jean Charest.
Cette politique d’achat de 40 pour cent, puis de 50 pour cent
et de 60 pour cent de contenu gaspésien a représenté des coûts additionnels pour
les promoteurs, mais elle a entraîné la
construction et l’exploitation de quatre usines à Matane et à Gaspé et a créé
plus de 400 emplois manufacturiers. Il n’existe pas de telle politique en
Ontario.
La Facture projette donc une image contraire à la
réalité, ce qui cause un tort considérable et injustifié aux producteurs du
Québec. De plus, dans sa façon de présenter l’information, La Facture
laisse entendre que les grandes compagnies de l’Ontario et de l’Ouest canadien
accordent un traitement plus favorable aux citoyens de leurs provinces qu’aux
Québécois.
La Facture ne tient pas compte non plus du fait que les
redevances aux agriculteurs varient selon la valeur des terrains et des cultures
qui y sont pratiquées. Tous les projets issus du premier appel d’offres sont
situés en Gaspésie ou dans la MRC de Matane où les terres valent relativement
moins cher. Dans le deuxième appel d’offres où les projets peuvent être situés
partout en province, plusieurs terres valent beaucoup plus, soit en raison de la
proximité d’une ville importante ou d’une culture qui rapporte davantage à
l’acre. Dans ces projets, les prix payés aux agriculteurs sont souvent deux fois
plus élevés que dans les projets issus du premier appel d’offres.
La vraie raison pour la différence de prix tient donc bien
plus de la valeur des terres que d’un favoritisme de la part des promoteurs
étrangers.
7. La Facture : Les gens des autres régions qui
viennent visiter repartent en disant « nous allons certainement faire autrement
».
Selon notre expérience, chaque fois que nous avons amené à
Baie-des-Sables (le seul parc en exploitation qui est issu du premier appel
d’offres), des gens des autres régions et en particulier, des agriculteurs ou
des autorités municipales ou régionales où nous souhaitons installer un parc
éolien, ceux-ci nous ont dit qu’ils étaient rassurés et plus enclins à accepter
chez eux des parcs éoliens construits de la même façon.
Les constatations de M. Chaumel sont donc très étonnantes et
il est évident qu’elles ne justifient pas la déclaration générale qu’il a fait.
Comment La Facture peut-elle accepter de telles
affirmations, sans vérifications et(ou) précisions?
8. La Facture met en doute la parole de M. Victor
Pergat de Northland Power, qui a promis d’annuler le contrat d’options de M.
Denis Bélanger.
Contrairement aux déclarations de M. Chaumel ou de M.
Ste-Marie qui sont accueillies avec enthousiasme, La Facture présente les
affirmations de M. Pergat avec scepticisme, en laissant planer le doute sur ses
paroles. Or, il s’avère que Northland Power a bel et bien annulé le contrat
d’options de M. Denis Bélanger dans les jours qui ont suivi la diffusion de
La Facture.
9. Aucune accusation précise, mais une culpabilité générale.
Habituellement, lorsqu’elle traite d’un sujet, La Facture
fait des accusations précises (du genre, « Le commerçant Untel a vendu à M.
Untel l’article suivant qui ne respecte pas telle clause du contrat de vente »)
et elle invite le « fautif » à expliquer son comportement ou à donner sa version
des faits. Cette façon de faire semble équitable.
Dans ce cas-ci, tous les promoteurs sont accusés
collectivement, sans aueune précision sur les différents promoteurs, sans aucune
distinction entre les projets issus du premier appel d’offres, ceux qui font
l’objet du deuxième appel d’offres et ceux qui ne font pas partie des appels
d’offres.
Les accusations ne font pas allusion à des eas particuliers
(sauf pour M. Plourde, qui n’a pas signé de contrat et M. Bélanger dont le
contrat a été annulé). Elles sont portées de façon générale par M. Chaumel ou M.
Ste-Marie, dont l’impartialité n’est pas évidente comme nous l’avons expliqué au
début, et par M. Craig qui semble s’être donné comme mission de combattre les
entreprises privées dans le domaine de l’énergie éolienne au Québec.
10. Le style démagogique
Dans l’ensemble, La Facture a utilisé un certain
nombre d’expressions qui coloraient sa démarche éditoriale et qui ont causé un
préjudice certain à l’ensemble des acteurs de la filière éolienne, dont nous
sommes les représentants. Ces expressions constituaient autant de raccourcis
pour des faits qui n’avaient pas été démontrés et appuyés par des témoignages.
En voici quelques-unes à titre d’exemple. « Ils signent des ententes trop bon
marché avec les compagnies »; « des options signées à toute vapeur »; « la face
cachée de l’énergie douce »; « des compagnies de l’extérieur, elles sont là pour
venir faire de l’argent sur notre dos »; « vous êtes dans votre cuisine...
quelques heures »; « ils ont laissé aller une partie de leur terre d’un seul
trait de stylo »; « à toute vapeur un contrat d’option de quatre pages »; «
clauses exorbitantes »; « ce qu’il veut c’est votre vent »; « il doit
s’approprier les meilleurs vents ». Bref, un contenu éditorial très lourd et
complètement disproportionné par rapport a l’examen objectif des faits qui
laisse une impression négative sans lien avec la réalité.
11. Aucune chance de se défendre.
Dans le cas présent, outre les explications de M. Pergat sur
la prise d’effet du contrat avec M. Bélanger (lesquelles sont d’ailleurs
présentées avec scepticisme), La Facture ne présente aucun producteur
pour répondre aux accusations sur :
• le prix payé aux agriculteurs
• la différence entre les redevances et les taxes au
Québec et en Ontario
• la clause de confidentialité
• la responsabilité pour le démantèlement des éoliennes,
et
• les délais pour signer les contrats d’options.
Dans le cadre de sa recherche, qui a duré plus d’un mois,
La Facture n’a pas communiqué avec l’AQPER ni la Coalition, qui représentent
pourtant l’ensemble des intervenants dans le domaine de l’énergie éolienne au
Québec. Ni l’une ni l’autre n’a été invitée à répondre spécifiquement pendant
l’émission même, aux graves et nombreuses accusations contenues dans La
Facture.
M. Gilles Lefrançois, porte-parole de la Coalition, a obtenu
quelques minutes à l’émission Maisonneuve en direct » le 27 novembre, une
journée avant la présentation de La Facture. Il n’avait pas été informé
précisément du contenu de La Facture, sauf pour ce qu’il avait vu sur les
redevances lors du Téléjournal du 26 novembre. Il a fait face à un
interlocuteur survolté qui lui a donné peu de chance et peu de temps de
s’exprimer.
Les autres émissions susmentionnées
Ce qui aggrave considérablement les torts causés aux
promoteurs par l’émission La Facture, c’est la promotion qui en a été
faite dans les autres émissions d’affaires publiques ou les bulletins de
nouvelles. Non seulement la promotion elle-même, mais la façon dont elle a été
faite, puisque les accusations ont souvent été plus exagérées dans les annonces
énigmes que dans l’émission même.
Hors contexte, c’était encore pîre.
Premier exemple : le Téléjournal du 26 novembre 2006
(soit deux jours avant La Facture).
Ici, îl ne s’agit pas de laisser entendre, on accuse
directement les promoteurs « étrangers » d’être inéquitables envers les
Québécois.
CÉLINE GALIPEAU (LECTRICE) : « Le vent de l’Ontario
vaut-il plus cher que celui du Québec? La réponse est oui, selon l’enquête
de nos collègues de La Facture qui sera diffusée mardi à la
télévision de Radio-Canada. Les grandes compagnies ontariennes et
albertaines qui implantent des parcs d’éoliennes en Gaspésie versent des
redevances de deux à trois fois moins élevées aux propriétaires des terres
que celles qu’ils paient en Ontario. »
De plus, on fait nier par M. Ste-Marie (sans mentionner
notamment son implication dans la campagne pour la nationalisation de l’éolien
et contre la production privée) l’explication donnée par M. Pergat relativement
à la valeur des terres.
M. STE-MARIE AFFIRME : « Ce qui va justifier qu’on va
donner une plus grande redevance ou non aux agriculteurs, aux occupants du
territoire, c’est la qualité de la ressource qui est le vent. »
Or, La Facture, qui a recherché le sujet pendant plus
d’un mois, aurait dû savoir et dire à son public que c’est faux et qu’au Québec
actuellement, dans le cadre du deuxième appel d’offres, des agriculteurs situés
dans des endroits où les vents sont moins forts qu’en Ciaspésie signent des
contrats d’options en vertu desquels les redevances sont deux fois plus élevées
qu’en Gaspésie et aussi élevées qu’à Wolfe Island.
Deuxième exemple : L’émission C’est bien meilleur le matin, le
29 novembre.
RENÉ HOMIER-ROY : « Alors en Ontario, vous nous
l’appreniez, une éolienne installée sur une terre agricole rapporte en
moyenne 6 500 $ au propriétaire, au Québec c’est 3 000 $. Votre conclusion,
est-ce que les agriculteurs d’ici sont lésés ou s’il s’agit de, je ne sais
pas quoi, d’autre chose? »
PIERRE CRAIG : « Bien écoutez, moi je pense que le moins
qu’on puisse dire c’est qu’ils n’ont pas reçu ce qu’ils auraient pu
recevoir. »
Ce qui est paradoxal, c’est qu’un peu plus loin dans d’émission,
on dit exactement le contraire, sans corriger malheureusement l’affirmation
précédente.
PIERRE CRAIG : « J’ai devant moi un document qui nous
provient de la compagnie Northland Power. Ils ont fait une assemblée
publique dans la région de Chaudière-Appalaches il y a quelques semaines ...
ils offrent à ces gens-là, 2,8 pour cent du revenu généré par l’éolienne. »
Donc, La Facture savait que dans le cadre du deuxième
appel d’offres au Québec, les mêmes promoteurs offrent jusqu’à 2,8 pour cent (à
Wolfe Island c’est 2 pour cent) des revenus bruts.
Cela indique clairement :
• qu’il n’y a pas de favoritisme à l’égard de
l’Ontario, et
• que le prix payé varie grandement selon la valeur
des terres, les cultures qui y sont pratiquées, la disponibilité des
sites où le vent est fort et la concurrence entre les promoteurs.
Donc, M. Craig avait l’information. Comment alors expliquer
cet acharnement, cette avalanche d’accusations non fondées?
La convergence : source d’inquiétude
Compte tenu du genre de convergence qui a été instituée à
Radio-Canada il y a quelques mois sous la direction de MM. Lafrance et Saulnier,
tel que le montrent les exemples présentés ci-dessus, quelle protection, quelle
sauvegarde y a-t-il contre la multiplication de la parution de la même
information fausse ou incomplète au point de créer un préjudice encore plus
grand à quelqu’un ou simplement induire le public en erreur?
Par exemple, le service des nouvelles doit-il ou peut-il
abdiquer ses responsabilités de vérification de l’information s’il s’agit d’une
émission d’affaires publiques qui elle-même peut avoîr un accent éditorialiste?
Quel est le mandat de la société d’État dans un tel cas?
Cela semble très inquiétant pour la véracité et l’exactitude
que le public est en droit de s’attendre de la part d’un organisme qui a le
privilège de détenir une licence du CRTC et qui bénéficie d’un financement
public de 1,2 milliard de dollars.
Les mesures réparatrices
Comment le citoyen peut-il obtenir justice devant un tel
déferlement d’informations, une telle convergence, pour ne pas dire une telle
campagne de dénigrement? Ou une croisade contre l’entreprise privée dans
l’éolien?
Le 14 décembre dernier, suite aux démarches de la Coalition,
M. Gilles Lefrançois a rencontré M. Jean Pelletier, premier directeur, Affaires
publiques, reportages et documentaires. Au cours de leur entretien, M. Pelletier
a pris quelques notes et M. Lefrançois a demandé quelles mesures seraient prises
pour rectifier la situation. Après quoi, M. Pelletier a indiqué la marche à
suivre pour porter une plainte à l’ombudsman de Radio-Canada, mais n’a proposé
aucune mesure corrective ni aucun temps d’antenne à La Facture ou à
d’autres émissions d’affaires publiques.
Les conclusions
Ayant recherché en vain d’autres façons d’obtenir réparation,
c’est à regret que nous déposons la présente plainte.
Nous espérons donc, Monsieur Gilbert, qu’à titre d’ombudsman,
que vous ferez en sorte :
• que les fautifs soient blâmés aussi sévèrement qu’ils le
méritent;
• que les rétractations et rectifications nécessaires soient
faites aussi publiquement que les renseignements faux ou tendancieux ont été
publiés et qu’elles aient la même diffusion;
• que réparation soit faite par le truchement d’une émission
d’affaires publiques avec une cote d’écoute équivalente, aux heures de pointe
(comme La Facture), par le truchement d’un animateur, neutre, et objectif
et avec des représentants désignés par la Coalition et l’AQPER;
• que dorénavant les promoteurs aient le temps d’antenne
nécessaire pour se défendre adéquatement;
• que la convergence et la promotion des émissions ne se
fassent pas au détriment des mécanismes nécessaires de contrôle de la véracité
de l’information.
Veuillez agréer, Monsieur, l’expression de nos sentiments les plus
distingués.
Claude O’Neil
Président, AQPER
Gilles Lefrançois
Président d’Innergex et porte-parole de la Coalition pour la promotion de
l’énergie éolienne
ANNEXE
Comparaison des taxes foncières, des contributions volontaires
aux municipalités et des redevances aux propriétaires.
Par MW
Ontario
Québec
Taxes foncières (a)
3 260 $
3 990$
Contributions volontaires
aux municipalités (b)
-
1300 $
TOTAL PARTIEL
3 260 $
5 290 $
Redevances aux
propriétaires (c)
4 348 $
2 000 $
TOTAL
7 608 $
7 290 $
Prix de vente moyen par MWh
87 $
65 $
Revenus annuels
236 000 $
205 000 $
Total des revenus
3,2 %
3,6 %
(a)
Ontario. Taxes municipales,
d’après Wolfe Island : 7500 $ pour 2,3 MW
Québec. Taxes sur les services
publics, établies sur un coût de construction égal à celui de Wolf
Island (2,1 M $/MW)
(b)
Québec. Basé sur le projet de
Baie-des-Sables
(c)
Ontario. Wolfe Island : 10 000 $
pour 2,3 MW
Québec. Basé sur le projet de
Baie-des-Sables (3000 $ pour 1,5 MW)
(d)
Basé sur le facteur d’utilisatîon de 31
% en Ontario (Wolfe Island) et de 36 % au Québec (taux moyen pour le
premier 1000 MW