Gilles Lefrançois, président d’Innergex et
porte-parole de la Coalition pour la promotion de l'énergie éolienne signe
un texte dans Le Devoir d’aujourd’hui dans lequel il dresse un bilan de la
dernière année pour le développement éolien et effectue une certaine mise au
point afin de rétablir les faits concernant le développement de cette
industrie. Le Devoir, 8 janvier 2007,
http://www.ledevoir.com/2007/01/08/126709.html
L’énergie éolienne au Québec:
Bilan 2006 et perspectives
L'année qui vient de se terminer aura été une année charnière
dans le développement de l'énergie éolienne au Québec, tant à cause de
l'importance des réalisations que des discussions et des décisions qui ont été
prises et qui vont orienter cette filière pour de nombreuses années à venir.
L'année 2007 sera aussi très importante, considérant que les
soumissions pour le deuxième appel d'offres d'Hydro-Québec Distribution doivent
être déposées le 15 mai. Contrairement au premier appel d'offres, les parcs
pourront être installés partout au Québec et, par conséquent, beaucoup de
citoyens de toutes les régions auront un premier contact direct avec les
éoliennes.
Il s'agit d'investissements privés très considérables, soit plus de 1,6 milliard
de dollars pour le premier appel d'offres et au moins 3,2 milliards de dollars
pour le second appel d'offres, le tout sans aucune subvention spéciale.
Un premier parc a été réalisé
D'autres parcs existaient déjà, mais le parc éolien de Baie-des-Sables
est le premier à être réalisé à la suite du premier appel d'offres
d'Hydro-Québec Distribution. Le parc de 109,5 MW (mégawatts), réalisé par
Cartier Énergie éolienne, compte 73 éoliennes de 1,5 MW, dont 61 sont situées à
Baie-des-Sables et 12 à Métis-sur-Mer. La mise en service commerciale a eu lieu
le 22 novembre 2006, soit huit jours avant la date prévue au contrat de vente
d'électricité.
Le parc est
situé entièrement sur des terres privées; il n'aurait donc pas pu voir le jour
sans l'accord de tous les propriétaires concernés. Il a aussi fait l'objet d'une
entente avec les deux municipalités relativement aux contributions volontaires
faites par l'entreprise et aux autres conditions pour la réalisation du parc. Il
fallait aussi se conformer aux règlements de la MRC de Matane, obtenir
l'approbation de la CPTAQ (Commission de protection du territoire agricole), un
rapport favorable du BAPE (Bureau d'audiences publiques en environnement) et un
décret du gouvernement. (Voir la liste de tous les parcs éoliens au Québec dans
l'encadré ci-contre.)
Les usines de fabrication de pièces et
d'assemblage d'éoliennes
Le programme de développement éolien mis en place par le
gouvernement du Québec a une caractéristique unique en Amérique du Nord. Il
exige des producteurs choisis en vertu de l'appel d'offres un contenu régional
minimal, c'est-à-dire qu'un certain pourcentage des coûts de construction doit
être dépensé dans la région (région administrative de la Gaspésie et des Îles et
MRC de Matane). Pour les projets dont la date de mise en service commerciale est
prévue pour 2006, le taux est de 40 %; pour ceux prévus pour 2007, le taux est
de 50 %; pour ceux qui suivront, le taux est de 60 %.
C'est ainsi que LM Glassfiber du Danemark a
construit à Gaspé une usine de fabrication de pales où travaillent 210
personnes. Marmen de Trois-Rivières a construit à Matane une usine de
fabrication de tours et une usine d'assemblage de nacelles qui emploient au
total 150 personnes. Composite VCI a construit à Matane une usine de fabrication
de capots de nacelle où travaillent 70 personnes. Au total, ceci représente 430
emplois directs, sans parler des emplois indirects et des emplois induits.
Les autres emplois
Lors de la construction du parc de
Baie-des-Sables, il y a eu en moyenne pendant une période de neuf mois 175
personnes sur le chantier de construction, avec une pointe à 300 employés. Cela
ne tient pas compte des emplois chez les fournisseurs de matériaux et de
services. Une fois le parc en exploitation, environ 10 emplois permanents seront
maintenus. Pendant la construction, 83 % des employés étaient de la région.
Le deuxième appel d'offres d'Hydro-Québec
Distribution
Les parcs pourront être situés partout en
province, mais une partie des retombées économiques en matière de fabrication
des turbines devra être en Gaspésie. Les soumissions doivent être déposées le 15
mai 2007. Pour être considéré, tout projet doit avoir des tours de mesure des
vents en fonction sur le site depuis au moins les huit mois précédents.
En plus d'évaluer les vents, les promoteurs
doivent maintenant mesurer l'acceptabilité sociale et environnementale de chaque
projet. C'est pourquoi il y a tant d'assemblées publiques ou privées
d'information, tant de projets de règlements de zonage. Le grand nombre de
projets donne parfois l'impression qu'il y a confusion, mais chaque citoyen peut
se rassurer: il n'y aura pas de parc éolien dans sa municipalité si les citoyens
n'en veulent pas.
Comparaison avec l'Ontario
Certaines personnes prétendent que les
producteurs d'énergie éolienne au Québec paient proportionnellement moins de
taxes et de redevances que les producteurs ontariens. Ces personnes oublient
souvent qu'il y a une taxe sur les services publics au Québec, et leurs
comparaisons sont faussées parce que les prix de vente en Ontario sont beaucoup
plus élevés qu'au Québec et que les éoliennes utilisées à titre d'exemple (parc
de Wolfe Island) produisent 2,3 MW, comparativement à 1,5 MW pour celles de la
Gaspésie.
En réalité, si l'on utilise la même base de
comparaison, soit le revenu brut, et si l'on tient compte de toutes les taxes
foncières, des contributions volontaires aux municipalités et des redevances aux
propriétaires, les montants versés par les producteurs en Gaspésie représentent
3,6 % des revenus bruts, comparativement à 3,2 % en Ontario.
Hydro-Québec: le maître d'oeuvre
Même s'il y a plusieurs producteurs qui
s'affairent à trouver des sites, développer des projets, construire et exploiter
des parcs éoliens, Hydro-Québec demeure paisiblement le maître d'oeuvre qui
établit les règles et bénéficie des efforts incroyables de tous ces
investisseurs. Lors du premier appel d'offres, sans investir un sou,
Hydro-Québec a bénéficié des milliers d'heures et des millions de dollars
investis par les promoteurs pour découvrir les meilleurs sites, négocier les
meilleures ententes, trouver le meilleur financement. Huit promoteurs différents
lui ont présenté 32 sites possibles totalisant 4000 MW. Hydro-Québec
Distribution a pu choisir le meilleur 990 MW, ce qui a donné le prix extrêmement
intéressant de 6,5 ¢ le kilowatt/heure. De plus, elle sait exactement ce que
l'énergie va coûter pendant 20 ans.
Hydro-Québec reste le seul acheteur de
l'énergie éolienne au Québec et elle a le monopole sur son transport et sa
distribution, permettant donc à ses clients de bénéficier du prix le plus bas
qu'elle obtient par la concurrence entre plusieurs promoteurs. Respectant les
orientations données par le gouvernement, elle établit: les quantités à produire
et la date selon ses propres besoins, les régions où produire, les contraintes
des lignes de transport, la proportion et la définition du contenu régional ou
provincial.
Les risques du producteur d'énergie
éolienne
S'il est choisi, le développeur sera alors
soumis aux risques suivants: refus du projet par le BAPE ou demandes de
changements importants; difficultés d'implanter le parc comme prévu et coûts
additionnels; retard dans la mise en service commerciale (et les pénalités qui
en découlent) dû aux délais d'approbation ou aux problèmes de construction;
coûts de construction plus élevés que prévu; coûts d'exploitation plus élevés
que budgétisés; et le pire, production d'énergie inférieure aux prévisions soit
à cause d'équipement déficient ou par manque de vent.
Cela explique d'ailleurs les déclarations du
président directeur-général d'Hydro-Québec en commission parlementaire à Québec
le 20 septembre dernier, alors qu'il affirmait notamment:
«... le choix qui a été fait à ce moment-là,
c'était qu'Hydro-Québec procède par appel d'offres... Avec le nombre de
propositions reçues, avec la qualité, les prix qui étaient franchement
concurrentiels... on a été capable d'aller chercher le meilleur que cette
filière-là peut nous donner... Aller chercher ces prix-là et donner cet avantage
directement à tous les clients du Québec, c'est une approche tout à fait
souhaitable.»
«... vous regardez les rendements qu'ils
acceptent, [...] ce sont des rendements qui sont des rendements bas [...], des
rendements qui sont inférieurs à ce qu'on jugerait prudent de faire à
Hydro-Québec.»
Le Québec a besoin d'énergie pour se
développer et sur son territoire, l'énergie éolienne est assez abondante. C'est
une énergie renouvelable qui ne produit aucun gaz à effet de serre. C'est une
énergie qui s'intègre très bien à l'énergie produite par les centrales
hydroélectriques ayant de grands réservoirs. Avec les progrès technologiques qui
ont permis de réduire les coûts de production de l'énergie éolienne pendant que
les coûts des prochaines grandes centrales hydroélectriques sont de plus en plus
élevés, le prix de l'énergie éolienne est devenu concurrentiel et le
développement de la filière éolienne est devenu inévitable.
Avec les nombreux règlements mis en place
par les autorités locales, régionales et provinciales, avec les conditions très
strictes imposées par le maître d'oeuvre Hydro-Québec, avec la concurrence entre
plusieurs promoteurs, les consommateurs québécois bénéficieront d'une énergie
produite au meilleur coût possible dans des conditions qui respectent
l'environnement. De plus, aucun parc ne pourra être construit s'il n'obtient pas
l'approbation de la collectivité locale.
Tableau des projets existants ou proposés
Producteur d'énergie
Endroit
Nombre de MW
Année de mise en service
Énergie vendue à Hydro-Québec Distribution (appel
d'offres de 1000 MW)
Cartier Énergie éolienne (a)
Baie-des-Sables et Métis-sur-Mer
109,5
2006
Cartier Énergie éolienne (a)
Anse-à-Valleau (Gaspé)
100,5
2007
Northland Power
St-Ulric et St-Léandre
150,0
2007
Cartier Énergie éolienne (a)
Carleton
109,5
2008
Cartier Énergie éolienne (a)
Les Méchins
150,0
2009
Northland Power
Mont-Louis
100,5
2010
Cartier Énergie éolienne (a)
Montagne-Sèche
58,5
2011
Cartier Énergie éolienne (a)
Gros-Morne - Phase I
111,0
2011
Cartier Énergie éolienne (a)
Gros-Morne - Phase II
100,5
2012
Total
990,0
Énergie vendue à Hydro-Québec Production (sans appel
d'offres - (b) )
KW Gaspé SEC (Axor)
Cap-Chat et Matane(Le Nordais)
100,0
1998
Énergie éolienne du Mont
Murdochville
54,0
2004
Copper (3Ci)
Énergie éolienne du Mont
Murdochville
54,0
2005
Miller (3Ci)
Skypower
Rivière-du-Loup
201,0
2007
KW Gaspé SEC (Axor)
Matane
80,0
2007
3Ci
Murdochville
54,0
2008
Total
543,0
Cartier Énergie éolienne appartient à Innergex II et à
Transcanada Inc
Il semble qu'il n'y aura plus de projet accepté sans
appel d'offres
Ce tableau ne tient pas compte de deux projets
expérimentaux de 2,25 MW chacun, à